Petite Lyonnaise

La Petite Paumée

La vie des autres

J’ai surpris une conversation dans le métro il y a quelques jours qui m’a beaucoup marqué.

La situation : 2 femmes qui ne se sont pas vu depuis longtemps se retrouvent par hasard dans une rame de métro et commencent à parler juste à côté de moi. Même si je ne voulais pas écouter je n’aurais pas pu éviter d’entendre.

- Eh bonjour ! Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu ! Qu’est-ce que tu deviens ?
- Oh moi, que du changement ! Je viens de déménager il y a pas longtemps, et nous venons d’emménager dans un super appart près de la place Jean Jaurès.
- Ah c’est joli comme coin là bas.
- Oui c’est vrai. Au départ nous n’avions pas trop envie de bouger mais on voulait acheter un endroit à nous.
- Je comprend je comprend … Et le boulot ça va bien ?
- Oh oui, du changement de ce coté là également. J’ai enfin réussi à quitter cette boîte où je bossai depuis 25 ans pour quelque chose de milles fois plus intéressant Je m’épanouie !
- Vous en avez de la chance. J’ai déjà 40 ans mais je ne sais pas si à votre âge, excusez moi je ne veux pas paraître malpolie hein, j’aurai autant la forme que vous. D’ailleurs je ne pense pas être là encore bien longtemps.
- J’ai 56 ans, et j’avais envie de changement, donc je me suis bougée le cul.
- Ces derniers temps j‘ai goût à rien. Ma fille de 22 ans vient de partir de la maison pour vivre sa vie. Je suis divorcée depuis l’âge de 20ans car je me suis mariée jeune. Une belle erreur de jeunesse dont le seul bonheur a été la venue au monde de ma petite.
- Oh oui le nid semble bien vide quand ils partent … ça fait toujours très mal. C’est un moment douloureux à passer …
- Je me retrouve toute seule vous savez. Je n’ai plus envie de rien, je ne mange plus … Je me suis achetée des DVD de Colombo que je met sur la télé, mais je ne les regarde même pas …
- Il ne faut pas se laisser aller comme ça, vous pouvez encore vous relever.
- Je comprend les gens qui se suicident vous savez. J’y ai déjà pensé. Je sais très bien que c’est un acte très égoïste et que ça fait du mal aux autres, mais je n’ai plus personne moi. Ma fille, elle a encore son père.
- Ne vous en faites pas va. Il y a beaucoup d’aide pour les gens dans votre situation.
- Non mais je ne pense pas pouvoir résister encore bien longtemps.
- Je suis vraiment désolée mais il faut que je descende ici. Gardez le moral surtout hein, et ne vous en faites pas, je répète, ça va passer. Au revoir et bon courage.

Je descendais au même arrêt qu’elle. Toute cette conversation s’est déroulée entre deux arrêts de métro (par là, je veux dire que la conversation a débuté arrêt 1 et s’est terminé arrêt 3). L’exactitude du déroulement n’est pas à 100% exacte, mais je me suis souvenue des expressions et des mots utilisés.
J’ai été choquée qu’une femme parle d’une chose comme le suicide avec une connaissance perdue de vue, après seulement quelques échanges de banalités. Voulait-elle se rendre intéressante ou bien est-ce qu’elle était vraiment désespérée ?
La dame de 56 ans n’était pas froide et insensible à ses malheurs, mais en un si court lapse de temps on ne peut pas vraiment exprimer son inquiétude ou montrer beaucoup de compassion. J’ai pu voir en descendant du métro, que celle qui venait d’apprendre l’envie de suicide d’une connaissance, avait des larmes aux yeux.

March 2nd, 2008 Posted by admin | les gens | no comments